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Pourquoi aucun simulateur ne peut calculer votre indemnisation après un accident ?

Photo du rédacteur: Chloé Bonnardel
Chloé Bonnardel
il y a 10 minutes
4 min de lecture
indemnisation préjudices corporels

Vous avez été victime d'un accident de la circulation, d'une erreur médicale, d'un accident du travail ou d'une agression ? En quelques clics, de nombreux sites internet vous promettent d'estimer le montant de votre indemnisation. Ces simulateurs sont pourtant incapables de refléter la réalité de votre dossier. Voici pourquoi.


L'indemnisation d'un dommage corporel ne dépend jamais uniquement de la blessure subie.


Elle résulte d'une analyse médicale, juridique et économique particulièrement complexe.


Aucun questionnaire en ligne ne peut remplacer une expertise médicale contradictoire ni apprécier l'ensemble des conséquences d'un accident sur votre vie.


C'est pourquoi deux victimes présentant des blessures similaires peuvent obtenir des indemnisations très différentes.


Une indemnisation ne se résume pas à une blessure


Lorsqu'une personne recherche le montant de son indemnisation, elle formule souvent une requête comme :

  • « Combien vaut une fracture du poignet ? »

  • « Combien pour une entorse cervicale ? »

  • « Indemnisation après une erreur médicale ? »


En réalité, ces questions n'ont pas de réponse universelle.


Le droit français n'indemnise pas une blessure.


Il indemnise les conséquences de cette blessure sur la vie de la victime.


Deux personnes présentant la même fracture peuvent ainsi recevoir une indemnisation très différente.


Pourquoi ?


Parce que leurs conséquences sont différentes.


-> L'une reprendra son activité après quelques semaines.

-> L'autre conservera des douleurs chroniques, changera de métier et renoncera à plusieurs activités sportives.


Leur préjudice n'est donc pas identique = pas la même indemnisation !


Plus de vingt postes de préjudice peuvent être indemnisés


Contrairement à une idée reçue, il n'existe pas un seul poste d'indemnisation.


La réparation du dommage corporel repose sur la nomenclature Dintilhac, utilisée par les juridictions françaises.


Cette nomenclature distingue plus d'une vingtaine de postes de préjudice.


Parmi les principaux figurent notamment :

  • les dépenses de santé restant à votre charge ;

  • les pertes de revenus ;

  • l'assistance par une tierce personne ;

  • les souffrances endurées ;

  • le déficit fonctionnel permanent ;

  • le préjudice esthétique ;

  • le préjudice d'agrément ;

  • le préjudice sexuel ;

  • l'incidence professionnelle.


Chaque poste répond à des règles d'évaluation différentes.


Un simulateur ne peut pas apprécier l'ensemble de ces éléments à partir de quelques questions générales.


L'expertise médicale est le véritable point de départ de l'indemnisation


La plupart des informations indispensables ne sont connues qu'après l'expertise médicale.


C'est notamment au cours de cette expertise que sont déterminés :

  • la date de consolidation ;

  • le taux de déficit fonctionnel permanent (DFP) ;

  • les souffrances endurées ;

  • le préjudice esthétique ;

  • les besoins futurs en aide humaine ;

  • les éventuelles limitations professionnelles.


Or ces données représentent souvent les postes d'indemnisation les plus importants.


Avant cette étape, toute estimation reste nécessairement approximative.


Les conséquences professionnelles changent parfois complètement l'indemnisation


Deux victimes peuvent présenter exactement les mêmes séquelles médicales.


Pourtant, leur indemnisation sera parfois très différente.


Imaginons une limitation définitive du poignet.


Pour une personne exerçant une activité essentiellement administrative, les conséquences professionnelles pourront être limitées.


Pour un artisan, un chirurgien ou un musicien, cette même limitation pourra remettre en cause toute une carrière.


Le calcul de l'indemnisation tiendra alors compte :

  • des pertes de revenus ;

  • des difficultés de reconversion ;

  • de la pénibilité accrue ;

  • de la perte de chance d'évolution professionnelle.


Aucun algorithme ne peut mesurer précisément ces conséquences individuelles.


Les préjudices futurs nécessitent des calculs spécialisés


Certains postes de préjudice concernent plusieurs dizaines d'années.


C'est notamment le cas :

  • de l'assistance par une tierce personne ;

  • des pertes de gains futurs ;

  • des frais de santé futurs ;

  • des aménagements du logement ou du véhicule.


Ces préjudices sont calculés à l'aide de tables de capitalisation et de référentiels financiers utilisés par les juridictions.


Ils tiennent compte de nombreux paramètres :

  • l'âge de la victime ;

  • son espérance de vie ;

  • l'évolution prévisible de ses besoins ;

  • les données économiques applicables au moment de l'indemnisation.


Il ne s'agit donc jamais d'une simple addition.


La jurisprudence influence également le montant de l'indemnisation !


L'évaluation d'un dommage corporel ne repose pas uniquement sur des barèmes.


Les juridictions s'appuient également sur leur jurisprudence.


Les montants accordés évoluent régulièrement.


Les référentiels sont actualisés.


Les postes de préjudice sont précisés par les décisions rendues par les tribunaux et les cours d'appel.


L'analyse d'un dossier suppose donc une veille juridique permanente.


Alors, les simulateurs sont-ils inutiles ?


Pas forcément.


Ils peuvent permettre à une victime de mieux comprendre les mécanismes généraux de l'indemnisation.


En revanche, ils ne doivent jamais être considérés comme une estimation fiable.


Une différence de quelques points de déficit fonctionnel permanent, la reconnaissance d'un besoin d'assistance humaine ou l'existence d'une incidence professionnelle peuvent faire varier une indemnisation de plusieurs dizaines, voire de plusieurs centaines de milliers d'euros.


Ce qu'il faut retenir


L'indemnisation d'un dommage corporel est toujours individualisée.


Elle dépend de votre état de santé, de votre situation professionnelle, de votre âge, de vos besoins futurs et des conclusions de l'expertise médicale.


Aucun simulateur ne peut intégrer l'ensemble de ces paramètres.


Avant d'accepter une offre d'indemnisation ou de vous fier à une estimation trouvée sur internet, il est donc essentiel de faire analyser votre dossier par un professionnel du dommage corporel.



Sources

  • Rapport du groupe de travail présidé par Jean-Pierre Dintilhac, Nomenclature des préjudices corporels (2005), qui constitue la référence utilisée par les juridictions françaises pour identifier les différents postes de préjudice.

  • Référentiel indicatif de l'indemnisation du dommage corporel dit Référentiel Mornet, régulièrement mis à jour par les magistrats.

  • Gazette du Palais, barème de capitalisation, utilisé par de nombreuses juridictions pour l'évaluation des préjudices futurs.

  • Base de Capitalisation de la Réparation Intégrale du Dommage Corporel (BCRIV), outil de référence pour la capitalisation des pertes futures.

  • Articles 1240 et suivants du Code civil (responsabilité civile) et textes spéciaux applicables selon l'origine du dommage (loi Badinter, Code de la santé publique, Code de la sécurité sociale).

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