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Contraception orale progestative et risque de méningiome intracrânien : quels recours pour les patientes ?

Photo du rédacteur: Louis Raynaud
Louis Raynaud
29 sept.
10 min de lecture
Contraception orale progestative et risque de méningiome intracrânien : quels recours pour les patientes ?

La question du risque de méningiome associé à certains traitements progestatifs fait l’objet d’une surveillance sanitaire renforcée depuis plusieurs années. Après l’identification d’un risque concernant notamment les médicaments à base d’acétate de cyprotérone, de nomégestrol ou de chlormadinone, les recherches se sont progressivement étendues à d’autres progestatifs largement prescrits.


La contraception orale progestative est désormais concernée.


Une vaste étude française menée par EPI-PHARE, groupement d’intérêt scientifique constitué par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et l’Assurance Maladie, a étudié spécifiquement le risque de méningiome intracrânien associé aux contraceptifs contenant du désogestrel ou du lévonorgestrel. Ses résultats ont été publiés dans le British Medical Journal en juin 2025.


Les données concernant le désogestrel ont depuis conduit les autorités sanitaires à faire évoluer l’information délivrée aux patientes. En juillet 2026, le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance de l’Agence européenne des médicaments (PRAC) a également retenu l’existence d’un faible sur-risque de méningiome associé à l’utilisation actuelle et prolongée de contraceptifs contenant du désogestrel ou de l’étonogestrel et recommandé une modification de l’information relative à ces médicaments.


Ces données scientifiques posent naturellement une autre question : une patiente ayant développé un méningiome après plusieurs années de contraception progestative peut-elle obtenir réparation de ses préjudices ?


La réponse nécessite une analyse individuelle, à la fois médicale et juridique.


Qu’est-ce qu’un méningiome intracrânien ?


Le méningiome est une tumeur qui se développe à partir des méninges, les membranes qui entourent le cerveau et la moelle épinière.


La majorité des méningiomes sont histologiquement non cancéreux. Cette caractéristique ne signifie toutefois pas qu'ils sont nécessairement sans conséquence. Leur localisation et leur volume peuvent entraîner des symptômes neurologiques et, dans certaines situations, nécessiter une surveillance prolongée, une intervention neurochirurgicale ou d’autres traitements.


Les manifestations sont variables. Elles peuvent notamment comprendre des céphalées persistantes ou inhabituelles, des troubles visuels ou auditifs, une perte de l’odorat, des troubles de la mémoire, des crises convulsives ou encore une faiblesse d’un membre.


L’Agence européenne des médicaments mentionne précisément ces signes parmi ceux qui doivent conduire à rechercher un éventuel méningiome chez une patiente traitée par désogestrel ou étonogestrel.


La relation entre hormones progestatives et méningiomes n’est pas une découverte récente. Plusieurs progestatifs avaient déjà été associés à une augmentation du risque, notamment l’acétate de cyprotérone, l’acétate de chlormadinone, l’acétate de nomégestrol, la médrogestone, l’acétate de médroxyprogestérone et la promégestone.


L’enjeu plus récent était de déterminer si un risque pouvait également être observé avec des molécules utilisées à très grande échelle à des fins contraceptives.


Désogestrel et méningiome : que montre l’étude EPI-PHARE ?


L’étude française constitue aujourd’hui une donnée scientifique majeure sur cette question.


Les chercheurs ont utilisé les données du Système national des données de santé (SNDS) et étudié 8 391 femmes ayant subi une intervention chirurgicale pour un méningiome intracrânien entre 2020 et 2023. Chacune d’elles a été comparée à dix femmes ne présentant pas ce diagnostic, soit une population totale de 92 301 femmes.


L’étude s’est notamment intéressée à l’exposition au désogestrel dosé à 75 microgrammes, utilisé comme contraception orale exclusivement progestative.


Les résultats montrent que l’utilisation prolongée du désogestrel est associée à une augmentation du risque de méningiome intracrânien nécessitant une intervention chirurgicale.


Cette augmentation apparaît principalement après plusieurs années d’utilisation continue. Pour une exposition comprise entre cinq et sept ans, l’odds ratio observé était de 1,51. Il atteignait 2,09 lorsque l’utilisation continue était égale ou supérieure à sept ans.


Autrement dit, les données montrent une relation avec la durée d’exposition : plus l’utilisation du désogestrel se prolonge, plus le signal observé devient important.


L’étude a également relevé certaines localisations préférentielles, notamment au niveau de la partie antérieure ou moyenne de la base du crâne.


Le risque demeure faible en valeur absolue


Ces résultats doivent cependant être présentés avec précision.


L’étude ne signifie pas qu’une femme prenant du désogestrel pendant plusieurs années développera nécessairement un méningiome. L’augmentation du risque individuel demeure faible en valeur absolue.


Les chercheurs ont estimé qu’un cas supplémentaire de méningiome intracrânien nécessitant une intervention chirurgicale surviendrait pour environ 67 300 femmes exposées au désogestrel.


L’Agence européenne des médicaments a repris cette estimation lorsqu’elle a annoncé, en juillet 2026, les nouvelles mesures destinées à limiter ce risque.


Cette donnée est importante. Elle permet de mesurer correctement la portée du signal sanitaire : il existe désormais un risque identifié, mais celui-ci demeure rare et très inférieur à celui précédemment observé avec certains progestatifs fortement dosés.


Le risque semble diminuer après l’arrêt du désogestrel


L’étude EPI-PHARE apporte également une information importante concernant l'arrêt du traitement.


L’augmentation du risque n’était plus observée lorsque le désogestrel avait été arrêté depuis plus d’un an. Les auteurs indiquent également qu’en cas de découverte d’un méningiome sous désogestrel, l’arrêt du progestatif et une surveillance neurologique et radiologique constituent des éléments importants de la prise en charge.


En juillet 2026, le PRAC de l’Agence européenne des médicaments a recommandé que le désogestrel et l’étonogestrel soient contre-indiqués chez les femmes présentant un méningiome ou ayant des antécédents de méningiome. Lorsqu’un méningiome est diagnostiqué pendant le traitement, celui-ci doit être interrompu.


L’information réglementaire française a elle aussi évolué. La Base de données publique des médicaments fait désormais apparaître, pour les médicaments contenant du désogestrel 75 microgrammes, des informations spécifiques relatives au risque de méningiome.


Qu’en est-il du lévonorgestrel ?


La situation du lévonorgestrel doit être distinguée de celle du désogestrel.


L’étude EPI-PHARE a étudié le lévonorgestrel utilisé seul ainsi que le lévonorgestrel associé à un estrogène.


Dans la population générale étudiée, les chercheurs n’ont pas mis en évidence d’augmentation statistiquement significative du risque de méningiome intracrânien avec le lévonorgestrel, qu’il soit utilisé seul ou associé à un estrogène, quelle que soit la durée d’utilisation.


Une analyse portant spécifiquement sur les femmes de plus de 45 ans utilisant une contraception combinant lévonorgestrel et estrogène a néanmoins retrouvé certaines associations statistiques selon la durée d’exposition. Les auteurs soulignent par ailleurs que les effectifs concernant le lévonorgestrel seul étaient faibles, ce qui limite la puissance de certaines analyses.


Ces éléments imposent donc de ne pas assimiler juridiquement ou médicalement les situations concernant le désogestrel et celles concernant le lévonorgestrel.


À l’état actuel des connaissances, l’existence d’un sur-risque global est documentée pour l’utilisation prolongée du désogestrel, tandis qu’elle n’est pas démontrée pour le lévonorgestrel dans la population générale étudiée.


Cette distinction est particulièrement importante dans le cadre d’un dossier contentieux : l’existence d’un méningiome après la prise d’un contraceptif ne suffit jamais, à elle seule, à démontrer juridiquement que le médicament en est la cause.


Toutes les patientes exposées au désogestrel présentent-elles le même risque ?


Non.


L’étude met notamment en évidence l’importance de la durée d’exposition et de l’âge.


Le risque attribuable au désogestrel est plus marqué après une utilisation prolongée et les auteurs ont relevé davantage de cas attribuables chez les femmes les plus âgées. Les données françaises relatives aux médicaments contenant du désogestrel mentionnent également une augmentation du risque avec la durée du traitement et avec l’âge.


Un autre élément mérite une attention particulière : l’exposition antérieure à d’autres progestatifs déjà connus pour augmenter le risque de méningiome.


Dans l’étude française, les femmes ayant précédemment utilisé l'un des progestatifs déjà associés à un risque accru présentaient une association plus importante lorsqu'elles étaient ensuite exposées au désogestrel.


L’Agence européenne des médicaments recommande désormais que cette exposition antérieure soit prise en compte avant l’instauration d’un traitement par désogestrel ou étonogestrel.


L’analyse d’un dossier doit donc reconstituer l’ensemble de l’histoire contraceptive et hormonale de la patiente, et non uniquement le dernier médicament prescrit.


Méningiome après une contraception progestative : peut-on engager une responsabilité ?


Sur le plan juridique, l’existence d'une association statistique entre un médicament et une pathologie ne conduit pas automatiquement à une indemnisation.


Chaque situation doit être examinée individuellement.


Plusieurs fondements juridiques peuvent devoir être étudiés en fonction des circonstances, notamment le régime de la responsabilité du fait des produits défectueux.


L’article 1245 du Code civil prévoit que le producteur est responsable du dommage causé par un défaut de son produit. Un produit est considéré comme défectueux lorsqu’il « n’offre pas la sécurité à laquelle on peut légitimement s’attendre ». L’appréciation de cette sécurité tient notamment compte de la présentation du produit, de l’usage qui peut raisonnablement en être attendu et du moment auquel il a été mis en circulation.


Pour la victime, l’une des difficultés essentielles réside dans la preuve.


L’article 1245-8 du Code civil prévoit en effet que le demandeur doit établir le dommage, le défaut du produit et le lien de causalité entre ce défaut et le dommage.


Dans un dossier concernant un méningiome apparu après une contraception progestative, il ne suffit donc pas de démontrer successivement la prise du médicament puis la découverte de la tumeur.


Il faut procéder à une analyse beaucoup plus approfondie.


Comment démontrer le lien entre la contraception et le méningiome ?


La question du lien de causalité constitue l’un des enjeux centraux de ce type de contentieux.


La jurisprudence admet, en matière de produits de santé, que la preuve puisse notamment être rapportée au moyen de présomptions graves, précises et concordantes. La Cour de cassation rappelle toutefois que l’imputabilité du dommage au produit et la défectuosité de celui-ci constituent des questions distinctes qui doivent être établies.


L’analyse doit ainsi porter sur l’ensemble du parcours médical de la patiente.


La durée exacte de la prise du contraceptif est essentielle. La chronologie des prescriptions et délivrances doit être reconstituée. L’âge de la patiente au cours de l’exposition, la dose administrée, les éventuelles interruptions du traitement et les changements successifs de contraception doivent également être recherchés.


Il faut aussi déterminer si d’autres progestatifs ont été utilisés antérieurement, notamment ceux pour lesquels le risque de méningiome était déjà identifié.


Les caractéristiques du méningiome doivent enfin être analysées : date du diagnostic, localisation anatomique, caractère unique ou multiple, évolution après l’arrêt du traitement, nécessité d’une intervention chirurgicale et données anatomopathologiques lorsqu’elles sont disponibles.


L’expertise médicale prend donc une place déterminante dans ce type de dossier.


L’information donnée à la patiente peut également devenir un enjeu juridique


La chronologie de l’évolution des connaissances scientifiques et des informations figurant dans les documents relatifs au médicament peut également être déterminante.


Le droit des produits défectueux impose en effet d’apprécier la sécurité légitimement attendue en tenant compte, entre autres éléments, de la présentation du produit et du moment de sa mise en circulation.


La question n’est donc pas uniquement de savoir si un risque est aujourd’hui connu. Il faut déterminer quelles données scientifiques étaient disponibles au moment considéré, quelles informations figuraient dans le résumé des caractéristiques du produit et dans la notice destinée aux patientes, et comment les autorités sanitaires et les fabricants ont réagi à l’évolution des connaissances.


Cette chronologie peut être essentielle dans un contentieux.


Il convient d’ailleurs de rappeler que l’existence d’une autorisation administrative de mise sur le marché n’exclut pas, à elle seule, une éventuelle responsabilité du producteur.


L’article 1245-9 du Code civil précise expressément que le producteur peut être responsable alors même que le produit a été fabriqué dans le respect des normes existantes ou qu’il a fait l’objet d’une autorisation administrative.


Quels préjudices peuvent être concernés en cas de méningiome ?


Lorsqu’un lien de causalité et un fondement de responsabilité peuvent être établis, la question se déplace vers l’évaluation du dommage corporel subi par la patiente.


Les conséquences d’un méningiome sont extrêmement variables d’une personne à l’autre.


Certaines patientes font l’objet d’une simple surveillance radiologique. D’autres doivent subir une intervention neurochirurgicale, parfois lourde, avec une hospitalisation, un arrêt de travail et une période de récupération importante. Des séquelles neurologiques, visuelles, cognitives ou fonctionnelles peuvent également persister.


L’évaluation doit alors porter sur toutes les conséquences temporaires et permanentes du dommage.


Les souffrances endurées, le déficit fonctionnel temporaire puis éventuellement permanent, les pertes de revenus, l’incidence professionnelle, les frais médicaux restant à charge, les besoins d’assistance par une tierce personne, le préjudice esthétique, le préjudice d’agrément ou encore les conséquences sur la vie personnelle et familiale peuvent notamment devoir être examinés.


L’objectif d’une expertise médico-légale est précisément d’identifier et d’évaluer chacune de ces conséquences afin que la réparation corresponde au dommage réellement subi.


Quelles démarches effectuer après le diagnostic d’un méningiome ?


Pour une patiente ayant utilisé pendant plusieurs années une contraception progestative et ayant ensuite reçu un diagnostic de méningiome, la première étape juridique consiste à documenter précisément son exposition médicamenteuse.


Il est utile de conserver ou de rechercher les ordonnances, les comptes rendus médicaux, les historiques de délivrance en pharmacie et tout document permettant d’identifier les spécialités prescrites ainsi que leurs périodes d’utilisation.


Le dossier médical relatif au méningiome doit également être réuni : imageries cérébrales, comptes rendus d’IRM, consultations neurologiques et neurochirurgicales, comptes rendus opératoires, résultats anatomopathologiques et documents relatifs au suivi.


Cette reconstitution est d’autant plus importante lorsque plusieurs contraceptifs ou traitements hormonaux se sont succédé au cours de la vie de la patiente.


Sur le plan médical, une patiente actuellement traitée ne doit évidemment pas interrompre ou modifier seule sa contraception sur la seule base d’informations lues sur internet. La conduite à tenir doit être discutée avec le professionnel de santé qui assure son suivi, notamment afin d’éviter une interruption contraceptive non maîtrisée.


Une analyse juridique nécessairement individualisée


Le contentieux des méningiomes associés aux progestatifs se situe au croisement de la pharmacovigilance, de l’épidémiologie, du droit des produits de santé et de la réparation du dommage corporel.


Les données scientifiques sont aujourd’hui particulièrement significatives concernant le désogestrel 75 microgrammes après une utilisation prolongée. Elles ont désormais entraîné une évolution de l’information réglementaire et des recommandations européennes.

Il serait toutefois juridiquement inexact d’en déduire qu’une patiente ayant pris du désogestrel et développé un méningiome dispose automatiquement d’un droit à indemnisation.


La durée et la chronologie de l’exposition, les autres traitements progestatifs éventuellement utilisés, les caractéristiques de la tumeur, les autres facteurs susceptibles d’intervenir, l’état des connaissances au moment de la prescription et les informations alors disponibles doivent être analysés dossier par dossier.


Cette prudence est encore plus nécessaire pour les dossiers concernant le lévonorgestrel, puisque les données épidémiologiques actuellement disponibles n’ont pas établi, dans la population générale étudiée, le même signal que pour le désogestrel.


Le Cabinet CBLR Avocats accompagne les patientes concernées


Le Cabinet CBLR Avocats, consacré à la défense des victimes et à la réparation du dommage corporel, intervient dans les dossiers concernant les conséquences de produits de santé et les préjudices corporels qui peuvent en résulter.


Le cabinet traite d’ores et déjà plusieurs dossiers de patientes ayant développé un méningiome après une exposition à une contraception contenant notamment du désogestrel ou du lévonorgestrel.


L’existence de ces dossiers ne préjuge naturellement ni de l’imputabilité médicale du méningiome au médicament concerné, ni de la responsabilité susceptible d’être retenue.


Chaque situation nécessite une étude individuelle reposant sur l’histoire médicale et médicamenteuse de la patiente ainsi que sur l’état des données scientifiques applicables.


Le rôle du cabinet consiste notamment à reconstituer l’exposition aux différents traitements, analyser les éléments médicaux et scientifiques, déterminer les fondements juridiques susceptibles d’être mobilisés, organiser si nécessaire une expertise médicale et évaluer l’ensemble des préjudices subis.


Vous avez développé un méningiome après plusieurs années de contraception progestative ?


Vous pouvez prendre contact avec le Cabinet CBLR Avocats afin que votre dossier médical et votre historique de contraception soient étudiés. Une première analyse permettra notamment d’examiner la molécule concernée, la durée d’exposition, les traitements progestatifs antérieurs et les circonstances du diagnostic afin de déterminer les recours susceptibles d’être envisagés dans votre situation.

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